Bonne ou mauvaise mine?

J'ai découvert un outil merveilleux lorsque j'étais enfant. Je l'ai perdu, repris, réappris. Même oublié, il s'exprimait de lui-même lorsque je touchais le fond, sortant spontanément pour étancher mes larmes et calmer mes nerfs. Car, qu'y a-t-il de plus compliqué à expliquer que les émotions? La colère qui vous consume ou vous embrase, tendant vos muscles de ses bras de fer ; la tristesse qui vous transperce le ventre, broyant votre gorge dans sa mâchoire glacée ; le désespoir qui semble mettre un écran entre vous et la réalité, étouffant votre volonté sous un coussin de culpabilisation ;... Oui, comment faire sortir ces tempêtes intérieures ? Puisque les éléments étaient trop puissants et les mots trop faibles, je ne pouvais exprimer mes désarrois, aussi, je les dessinais. Je dessinais ce qui m'avait peiné, je dessinais les câlins que je voulais recevoir pour me consoler, je dessinais les monstres de mes cauchemars ou les moqueries qui blessaient mon cœur d'enfant. Pas un mot, juste un dessin glissé sous la porte de mes parents, limpide, libérateur. Ado, j'ai délaissé ma technique thérapeutique et les poèmes ont pris la place de mes gribouillis. Sombres et torturés, discours d'une jeune fille qui se cherche. Étudiante, mon rythme soutenu et la pression psychologique me laissaient vide, incapable d'aligner deux mots et encore moins d'en trouver capable de rejouer leur rôle d’exutoire. Les dessins sont revenus malgré moi, se jetant dans chaque recoin, marge blanche parfois même mes avants-bras faisaient office de page de secours. Depuis, à chaque dessin, à chaque courbe, à chaque trait, je concentre mon attention pour que transparaisse l'émotion que je souhaite y loger, étendant (enfin!) avec légèreté la palette des douleurs aux couleurs vives de la joie, l'amour, la sérénité... Quel défi que de mettre sur papier, ce qui vit dans le cœur de chacun d'entre nous et de trouver à ces traits, un écho familier qui nous conforte dans la pensée que nous ne sommes jamais seul à les vivre.



Dessin rehaussé de couleurs à l'aide de crayons "aquarellables" (on colorie puis on mouille et on étale avec le pinceau). Très pratique pour maîtriser la couleur.